à l’image de Lëon

Noël déboule. J’ai beau le savoir un an à l’avance, j’serai à la bourre pour les cadeaux, et j’serai contraint de passer mes journées dans les magasins bondés à errer parmi mes semblables à l’affût des promotions qui nous videront tous les poches.

Les – 50% et les ventes flash pulluleront, annoncés religieusement par une voix mielleuse dans le micro, et le cumul des offres dont chacune devait me permettre d’être gagnant fera de moi un loser, comme tous les autres.

J’regarde mon Caddie, grimace, l’est blindé de jouets et d’objets inutiles qui viendront garnir des étagères déjà pleines, et j’peinerai à m’payer un resto pendant trois mois. C’est pas qu’offrir m’emmerde, j’adore ça, mais j’peux pas m’empêcher de penser aux renards du marketing qui savent très bien ce qu’ils font avec leurs prix prétendument imbattables, et qui ensuite, eux, se retrouvent à bouffer dans des restos gastros grâce à leurs primes. C’qui m’emmerde, c’est que j’suis bien trop lâche pour résister aux innombrables tentations sous prétexte de vouloir gâter tout le monde. Ces p’tits malins appuient savamment sur ma bêtise profonde et voilà que j’fonce tête baissée à coups de dépenses compulsives qui frôlent l’indécence. Résultat : des stocks d’objets sans âme destinés à prendre la poussière ou à finir sur Leboncoin. J’déteste cette mascarade, et j’ai pourtant foutu dans mon Caddie chaque jouet qui porte une étiquette orange.

Fêtes joyeuses. Les tables seront pleines d’huîtres, décorées de rires, de danses, ou de règlements de comptes. On jettera le tiers du contenu des assiettes, on se créera d’inoubliables souvenirs éphémères, on prendra des centaines de photos qu’on ne regardera jamais, et on slalomera plusieurs jours parmi les dizaines de cadeaux et les emballages de gibier sous vide.

J’passerai un réveillon sans surprise, fait de joies et de vides. On prendra trois kilos chacun, mon père se déguisera en Père Noël et déposera des montagnes de cadeaux en promotion dans le jardin. Les enfants, le nez collé sur la baie vitrée, attendront que l’homme en rouge s’éloigne dans la nuit pour enfin ouvrir la porte et se ruer sur les cadeaux comme les adultes sur le saumon fumé. Ils les déballeront en hurlant, passeront à autre chose en vingt minutes, puis la fête durera jusqu’à ce que chacun décide de rentrer chez soit après avoir rempli les poubelles du trop plein d’escargots et de bûche.

Y a de l’amour dans l’air quand Noël rôde. Ça ne sent plus l’épicéa, mais on entretient une joie pétrie d’amertume niée parce qu’on a besoin de rêves et de trêves. Besoin de souffler, accrochés aux guirlandes. Les boules. Du mal à oublier ce nuage de buée glaciale quand Lëon souffle alors qu’il sillonne les rangées de voitures au feu rouge. Le coffre plein au retour du supermarché reste l’insulte qu’aucune pièce de 10 cents déposée dans sa paume noircie n’excuse, et Noël demeure, à l’image de Lëon qui se force à sourire, une parenthèse saupoudrée d’illusions dont chacun se nourrit.

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